Édifier dans le bien – MAGNIFICA HUMANITAS
Édifier dans le bien
- Construire une ville fondée sur le bien commun exige donc, avant tout, de bâtir sur le roc de la relation avec Dieu ; reconnaître que la vérité de son amour nous appelle à une vie « en abondance » ( Jn 10, 10) et à la communion avec Lui. À l’instar de saint Augustin, nous pouvons nous aussi dire : « Vous nous avez faits pour vous, et notre cœur est inquiet jusqu’à ce qu’il repose en vous ». [8] Dieu, en effet, a inscrit dans notre cœur un désir de bonheur qui embrasse toutes les dimensions de la vie et dans le dialogue avec les hommes et les femmes de notre temps, l’Église ressent l’urgence de préserver et d’orienter cette aspiration vers sa vérité la plus profonde.
- Par ailleurs, édifier dans le bien signifie accepter les limites et la fragilité de l’humanité sans les considérer comme une erreur à corriger. Aujourd’hui, le désir de plénitude de l’être humain risque d’être détourné vers des objectifs trompeurs : l’illusion d’une technique promettant de nous libérer de toute fragilité ou des modèles de bien-être qui laissent de côté des peuples entiers. Il n’est pas rare que nous placions notre espoir dans un développement illimité, dans des formes de progrès susceptibles d’exacerber les inégalités ou dans des solutions immédiates incapables de panser les blessures des peuples. Ainsi, tandis que certains poursuivent le rêve chimérique d’une affirmation de soi sans limites, beaucoup se retrouvent privés du nécessaire. D’une voix humble mais ferme, l’Église rappelle que la véritable réalisation ne naît pas de la suppression des fragilités, mais d’une croissance harmonieuse : là où la liberté et la responsabilité vont de pair avec une attention mutuelle et une véritable solidarité, et où le progrès se mesure à la lumière de la dignité de chacun et du bien des peuples.
- En troisième lieu, construire un monde où chacun peut s’épanouir exige une coresponsabilité courageuse. Aucune main ne suffit, à elle seule, à supporter le poids des défis pesant sur le monde ; et aucune n’est si faible qu’elle ne puisse apporter sa contribution : « La puissance se déploie dans la faiblesse » (2 Co 12, 9). À chacun sa partie du mur : scientifiques et chercheurs, entrepreneurs et travailleurs, éducateurs et législateurs, société civile, mouvements populaires et communautés de foi. Telle est la logique de la subsidiarité qui valorise la coopération entre les générations, entre les peuples, entre les disciplines et les cultures comme voie royale pour favoriser la stabilité, la prospérité et la paix. Les tensions et les divergences ne doivent pas faire peur : elles peuvent devenir des énergies créatives lorsqu’elles sont guidées par une responsabilité partagée.
- Enfin, édifier dans le bien exige un langage évangélique. Évitons les mots qui humilient ou opposent. Choisissons la lumière qui éclaire et la franchise qui ouvre des voies. Ne bénissons pas des enthousiasmes naïfs, n’alimentons pas des peurs stériles. Indiquons plutôt des critères de discernement – dignité de la personne, destination universelle des biens, option pour les pauvres, soin de la Maison commune, paix – et traduisons-les en pratiques : une approche responsable, des évaluations d’impact humain et social, l’inclusion des plus fragiles, une alphabétisation numérique, une recherche et une industrie orientées vers la justice et la paix.
Rester humains
À tous les fidèles catholiques, à tous les chrétiens, à tous les hommes et à toutes les femmes de bonne volonté, j’adresse un appel vibrant : ne craignons pas de nous salir les mains sur le chantier de notre époque. Comme Néhémie, prions, planifions avec sagesse, travaillons avec persévérance en replaçant Dieu à l’horizon de notre action et l’être humain au centre de nos choix. Alors, les pierres rejetées – les pauvres, les malades, les migrants, les petits – deviendront la pierre angulaire, et sur la terre s’élèvera une demeure commune solide et accueillante, où finalement l’amour et la vérité se rencontrent, la justice et la paix s’embrassent (Cf. Ps 85, 11). Telle est la bénédiction que nous implorons de Dieu et la tâche qui nous attend : être des bâtisseurs de communion et non des architectes de Babel ; des serviteurs du Royaume à venir et non des maîtres de donjons voués à s’effondrer. Et, avec l’âme d’un pasteur et d’un père, je demande à tous d’arrêter le chantier d’une énième Babel et d’unir nos forces pour édifier le bien, afin que l’humanité ne perde jamais sa beauté et que le monde puisse reconnaître une fois encore au cœur de l’être humain, le lieu où Dieu désire habiter.
Lors du récent Jubilé ordinaire de 2025, nous avons cheminé comme des pèlerins d’espérance et nous avons été comblés de grâces. Forts de ces dons, nous pouvons avancer avec un cœur confiant face aux tâches ardues et aux défis exigeants qui se profilent à l’horizon. À l’ère de l’intelligence artificielle où la dignité humaine risque d’être éclipsée par de nouvelles formes de déshumanisation, nous avons le devoir urgent de rester profondément humains, en préservant avec amour cette magnifique humanité qui nous a été donnée et manifestée dans sa plénitude dans le Christ, mais qu’aucune machine ne pourra jamais remplacer dans sa splendeur. Le véritable progrès naît toujours d’un cœur ouvert à l’autre, d’une intelligence disposée à l’écoute, d’une volonté qui cherche ce qui unit plutôt que ce qui sépare.
LÉON XIV, Pape
EXTRAITS DE LA LETTRE ENCYCLIQUE
« MAGNIFICA HUMANITAS » DU SAINT-PÈRE, LÉON XIV SUR LA PROTECTION DE LA PERSONNE HUMAINE À L’ÈRE DE L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE





