Témoignages
Au cœur du Sud-Liban, là où le fracas des armes tente d’imposer le silence, une autre voix s’élève : celle de l’éducation qui transforme et de la foi qui déplace les montagnes. À l’école des SSCC Ain Ebel, nous ne transmettons pas seulement des connaissances ; nous formons des esprits capables de réfléchir, de choisir et de construire la paix..
Depuis 1860, notre école se dresse sur les frontières du Sud-Liban. Elle a traversé les siècles, les crises et les guerres, sans jamais faillir à sa mission. À chaque tragédie, nos religieuses sont restées enracinées dans cette terre, refusant d’abandonner la communauté locale.
Aujourd’hui, le poids de la guerre déclenchée en octobre 2023 devient insoutenable. Nous ne faisons plus face à une simple crise, mais à une lutte pour la survie de l’éducation et de la présence humaine dans nos villages.
Des pertes déchirantes, des miracles de survie
- Le deuil du village : Trois de nos jeunes, qui entretenaient bénévolement les réseaux internet pour maintenir notre lien avec le monde, ont été tués dans l’exercice de leur devoir.
- Le miracle d’Ain Ebel : La maison de Monsieur Georges Khreich, Responsable au Collège, a été intégralement rasée par un raid aérien. Par la grâce de Dieu, il a survécu avec toute sa famille.
- Le sacrifice de nos enseignants : Notre professeur de mathématiques en Terminale et son épouse, enseignante de SVT, ont été extraits des décombres de leur maison frappée par trois missiles, grâce à une coordination désespérée entre l’armée libanaise et la FINUL. Monsieur Bachir Naddaf, après sept opérations, incarne ce courage qui nous habite tous.
Cette semaine, alors que l’armée s’est retirée de Debel, Rmeich et Ain Ebel, un frisson de solitude a parcouru les collines. Les villageois se sont retrouvés face à leur destin, conscients que des jours sombres s’annoncent. Pourtant, un miracle de courage s’accomplit : tous les Ainébliotes ont choisi de rester. Femmes, enfants et personnes âgées refusent de s’arracher à cette terre, car ils savent que partir, c’est risquer de ne plus jamais revenir. Rester est pour eux l’acte de foi ultime.
La Providence à l’œuvre
Fidèles à la mission de nos sœurs aînées, les portes du couvent et de l’école demeurent ouvertes sous la protection de Saint Joseph. Les sœurs d’Ain Ebel ont anticipé les jours sombres et déchargé des convois à l’école. La Providence s’est manifestée par des gestes concrets :
- L’Œuvre d’Orient : un convoi de 60 tonnes de denrées.
- Stouh Beirut : un envoi de denrées alimentaires et de produits d’entretien.
- Les associations CSI et Philippe Jabre, ainsi qu’un groupe de jeunes de Kesrouan : 2 kg de viande et un carton d’œufs pour chaque famille à Pâques, soutenant aussi les petits commerces locaux.
- Un groupe de dames amies de l’école à Beyrouth : 40 litres de mazout pour chaque famille et un soutien à la municipalité pour alimenter les puits en eau.
- L’AED : depuis trois ans, financement d’un projet médical avec deux jours de consultations gratuites par semaine et l’achat de médicaments, garantissant la présence du seul médecin du village.
Et déjà, nous préparons la Lumière de la Résurrection : des œufs de Pâques et des Kinder seront distribués aux enfants, pour affirmer que la joie aura le dernier mot.
Une voix portée jusqu’à Milan
La guerre a tenté d’éteindre nos projets : à la veille du départ pour le grand salon de Milan Fa’ la cosa giusta, tout a dû être annulé. Mais si la guerre peut arrêter nos corps, elle ne pourra jamais éteindre la flamme qui brûle en nous.
Privés de voyage, huit de nos lycéens et la directrice, Sœur Maïa El Beaino, ont tout de même porté la voix du Sud-Liban jusqu’en Italie. Par Zoom, devant une Agora de 400 personnes et des journalistes internationaux, ils ont témoigné : « Nous avons tout perdu, mais nous sommes là, debout, talentueux et unis. »
Leur résilience numérique a captivé les médias, mettant en lumière la réalité de notre région. Ils sont la preuve vivante que le dialogue et l’espérance ne connaissent pas de frontières.
Espérance invincible
Chaque événement nous alourdit, chaque perte nous blesse, mais rien ne nous désespère. Car l’espérance n’est pas une attente passive : c’est un engagement de chaque instant. Nous continuerons de transformer la douleur en lumière. Là où certains voient des ruines, nous voyons déjà les fondations de notre reconstruction.
Sur les pas de nos sœurs aînées, témoins de l’amour du Christ, notre prière reste debout. Les routes peuvent être coupées, mais le pont de l’amour est infranchissable. Nous aidons les Ainébliotes à rester. Pour Dieu, pour leur terre, et pour la Vie.
Pour la communauté des SSCC Ain Ebel
Sr Maya EL BEAINO





