Jubilé 170 ans Œuvre D’Orient – Allocution de l’USMFL
Éminences, Cardinaux,
Excellences, Évêques,
Monseigneur Hugues de Woillemont, Directeur général de l’Œuvre d’Orient,
Mesdames, Messieurs les Autorités civiles et ecclésiastiques,
Chers Membres et amis de l’Œuvre d’Orient,
C’est au nom de toutes les Congrégations religieuses du Liban – tous rites confondus – que je m’adresse à vous aujourd’hui.
Célébrer 170 ans est une joie. Une joie profonde, humble, reconnaissante.
• Joie pour toutes les aides reçues, année après année, sans lesquelles tant de nos écoles, dispensaires et orphelinats auraient fermé leurs portes.
• Joie pour la fidélité à l’inspiration initiale : en 1856, vos fondateurs ont choisi de regarder l’Orient chrétien non pas comme un souvenir, mais comme une promesse.
• Joie, enfin, pour l’élargissement de votre rayon d’action : vous ne soutenez plus seulement les écoles du Liban, mais les chrétiens de toutes les Églises de rite oriental, de l’Égypte au Kerala, de la Roumanie à l’Éthiopie tout en restant bien sûr au Liban et en Syrie.
Mais cet anniversaire est aussi un dur rappel. Celui d’un Orient qui n’en finit pas de devoir être aidé. L’actualité, jour après jour, nous le prouve avec une cruauté implacable : guerres, effondrements, exodes. La joie ne peut pas effacer cette vérité. Nous célébrons, mais nous pleurons aussi.
Permettez-moi un détail personnel, qui a son poids. Ma Congrégation – les Sœurs des Saints-Cœurs de Jésus et de Marie – a été fondée en 1853. Trois ans avant l’Œuvre d’Orient. Nous sommes donc vos aînées, d’à peine trois années. Mais aujourd’hui, je dois le dire avec une humilité qui n’a rien de rhétorique : nos écoles ont été aidées dès leurs origines par l’Œuvre d’Orient. Et aujourd’hui encore, nous ne pouvons pas espérer maintenir ces écoles – en particulier dans les zones frontalières, dans les régions les plus pauvres du Liban et de Syrie – sans l’aide de cette « jeune » Œuvre d’Orient.
Depuis 170 ans, vous nous aidez. Et nous savons, Mesdames, Messieurs, que cette aide ne vient pas de votre superflu. Elle vient de votre cœur. De vos sacrifices. De cette conviction que la France et l’Église de France ne peuvent pas abandonner leurs frères d’Orient.
Nous espérons de tout cœur – et c’est là le cri silencieux de nos communautés – pouvoir un jour vivre dans une paix suffisante pour ne plus avoir à solliciter votre aide. Pour qu’à notre tour, nous puissions soutenir d’autres institutions, d’autres régions en difficulté. Mais maintenant, comme hier, nous devons encore apprendre à tendre humblement la main. Ce n’est pas une honte. C’est une école d’Évangile.
Nous sommes infiniment reconnaissants. Non seulement pour l’aide financière, mais aussi pour votre écoute attentive, pour vos conseils. Car vous ne nous donnez pas seulement des fonds. Vous nous incitez à travailler toujours davantage ensemble, comme Églises orientales. À ne pas nous décourager. À résister. À développer sans cesse notre engagement auprès de tous, sans distinction de nationalité ni de religion.
Cette aide de l’Œuvre d’Orient auprès des Congrégations religieuses est fondamentale. Car ce sont elles – et je parle au nom de chacune d’elles – qui permettent à notre population de rester sur ses terres. Ce sont nos sœurs, nos frères, nos couvents, nos écoles, nos hôpitaux, nos écoutes silencieuses qui disent chaque jour : « Ne pars pas. Reste. Tu as ta place ici. » Elles résistent aux sirènes de l’exil. Elles offrent l’éducation, les soins médicaux, la pastorale, la simple présence d’un visage ami. Et elles restent, contre vents et marées, fidèles.
Alors, oui, ce 170e anniversaire est un moment de joie mêlée de gravité. Nous vous disons merci. Merci au nom de tous nos enfants scolarisés, de nos malades soignés, de nos pauvres relevés, de nos sœurs aînées respectées. Merci au nom de cette chaîne fraternelle que rien n’a brisée depuis 1856.
Monseigneur Hugues de Woillemont, chers responsables de l’Œuvre d’Orient, nous prions chaque jour pour que le Seigneur bénisse votre engagement à nos côtés.
Et nous vous faisons une promesse, en retour : nous continuerons à travailler ensemble, Églises d’Orient unies, sans céder à la tentation de l’efficacité spectaculaire ni de la visibilité facile, mais en cherchant toujours le lieu du plus grand besoin. Pour que, par notre amour fraternel, on reconnaisse le nom de Celui à qui nous avons consacré notre vie.
Merci. Pour hier, pour aujourd’hui, pour l’espérance obstinée de demain.
Merci.
Sœur Bernadette ROUHAIEM Présidente
de l’Union des Supérieures Majeures
Féminines du Liban





