Témoignages
Le 1er mars 2026, les habitants de la zone limitrophe du Sud du Liban, et pour la deuxième année consécutive, ont été brutalement projetés dans les dures réalités de la guerre. Une guerre qui s’est faufilée petit à petit dans tous les aspects de notre vie et est devenue un cauchemar pour nous. Au fil des jours et sans interruption, la région est bombardée, la population locale est exposée continuellement aux représailles. Les bruits des missiles et des raids résonnent jour et nuit.
Les habitants de toute cette zone ont reçu une menace d’évacuation. Mais les chrétiens de tous les villages frontaliers ont refusé de quitter leur foyer. Ils ont décidé de rester fermement sur leurs terres et d’affronter le danger imminent avec une foi et une détermination inébranlable.
Au-delà de la peur et de l’insécurité, les habitants – dont la majorité mène une vie modeste et dépend principalement de leur activité agricole, – sont aujourd’hui confrontés à une crise économique d’une ampleur inédite. Depuis le début du conflit, toute activité économique est presque à l’arrêt : les champs sont constamment ciblés, les routes sont devenues dangereuses, et de nombreux commerces ont dû fermer leurs portes.
Face à cette scène de conflit dévastateur, notre collège a été profondément touché. En effet, depuis le déclenchement de la guerre, nous avons été contraints d’assurer l’enseignement à distance sous les bombardements et dans des conditions logistiques extrêmement difficiles : absence d’électricité et d’internet, familles entassées dans une seule pièce, d’autres réfugiées dans des centres d’accueil.
Nos élèves sont traumatisés par les séquelles de la guerre : plusieurs d’entre eux ont perdu des membres de leur famille ou ont été témoins de scènes de violence terrifiantes, d’autres ont perdu leurs maisons et tous leurs souvenirs d’enfance, et ceux qui sont restés dans leurs villages vivent l’angoisse, la peur, l’incertitude et travaillent sur les sons du bombardement.
Voici quelques témoignages de nos élèves :
- « Moi, …, je suis restée enracinée avec ma famille, à Klayaa, mon village natal, nous vivons l’angoisse, la peur, le stress permanent et les contraintes liées à l’enseignement en ligne, tandis que plane sur nos villages l’incertitude du lendemain. Nous sommes abasourdis par le bruit des bombardements ; nous ne pouvons plus dormir, ni la nuit ni le jour ».
- « Moi, …, avec ma famille, nous avons pris la fuite et nous nous sommes trouvés 20 personnes dans deux pièces, je ne disposais pas de ma chambre, ni d’une table, ni d’une connexion Wi-Fi. Et je manquais de calme pour poursuivre mes cours en ligne. En ces dures circonstances, j’ai appris à apprécier ce que veut dire vivre en sureté ».
- « Parmi la destruction et la terreur, il est possible de voir l’espoir et le courage de notre collège : Saints Cœurs Marjeyoun. Le savoir est l’unique cadeau qu’on ne pourra jamais nous prendre. Ces mots résonnent dans nos cœurs, ils nous permettent de puiser de la force pour se concentrer, même quand le son des explosions perturbe nos cœurs. Nos enseignants sont absolument remarquables. Poussés par l’incertitude du lendemain, ils prennent l’engagement de s’assurer que nous sommes prêts pour les échéances imminentes ».
- « Cette guerre a éveillé en moi, en tant qu’élève du collège des Saints Cœurs, une force que nous ne connaissions pas, une résilience inédite. Elle nous a appris que tout le monde ne parle pas de survie, mais d’un espoir à garder, de la volonté de se battre et de construire, même dans le chaos ».
Donc, au cœur de ces circonstances éprouvantes, le collège reste pour beaucoup le seul signe qui leur donne de l’espoir et un sentiment de sécurité après qu’ils ont perdu tous les autres signes de vie. Il forme une soupape de sécurité et constitue un pilier fondamental de résilience et de soutien permettant aux gens de rester enracinés dans leur terre. Fidèles à notre mission, nous poursuivons notre combat et nous restons déterminés à accompagner nos élèves, à leur offrir de l’espoir avec un amour et une détermination qui transcendent les épreuves, à les former avec excellence et à les inspirer pour devenir des acteurs clés de demain. Aujourd’hui plus que jamais, nous avons foi que la paix reviendra et que de jours meilleurs nous attendent et nous espérons que nos élèves seront les artisans de paix et les messagers de résilience d’un brillant avenir pour notre pays.
Sœur Hyam Habib
Directrice du collège des Sœurs
des Saints Cœurs/Marjeyoun





